Article
paru dans le journal “Les Affaires”.
19
juillet 2003
par
Jean-Sébastien Trudel
Dites
leur merci, tout simplement !
Les gens d'affaires ont
souvent l'impression que le bouche à oreille va au-delà de leur zone
d'influence, qu'ils n'y peuvent pas grand-chose. Or, rien n'est plus faux. À la
question «Comment vos clients actuels vous ont-ils connu ?», la grande majorité
des dirigeants répondent : par le bouche à oreille.
Malheureusement, l'une des méthodes les plus efficaces, sinon la plus efficace,
d'exploiter au maximum cette tendance n'est que très rarement utilisée,
peut-être parce qu'elle paraît un peu vieux jeu. Il s'agit de la carte de
remerciement personnalisée.
«Nous aimons tous être appréciés, et cela prend une importance particulière
quand nous savons que quelqu'un s'est donné du mal pour nous le faire savoir»,
dit Andrea Nierenberg, consultante en ressources humaines à New York et
reconnue pour ses conseils en réseautage.
Une carte de remerciement personnalisée, écrit-elle dans son livre intitulé
Nonstop Networking : How to Improve Your Life, Luck, and Career, vous
rapportera bien plus que n'importe quel dépliant promotionnel payé le gros
prix.
Sur son site Internet (selfmarketing.com), elle raconte que uniquement parce
que bien peu de gens utilisent ce moyen de communication simple mais saisissant,
«vous ferez bonne impression chaque fois».
Du marketing efficace
Jean-Pierre Lauzier, conférencier et spécialiste de la vente depuis plus de
20 ans, s'est récemment converti à cette méthode. «Cela faisait longtemps
que j'avais entendu parler de l'efficacité d'un petit mot écrit à la main
pour dire à un client ou à un ami qu'on l'apprécie. Mais je ne l'avais jamais
mis en pratique jusqu'au jour où j'ai moi-même reçu une carte», explique-t-il.
Depuis bientôt six mois, il envoie deux à trois cartes de remerciement par
jour à des gens qui l'ont aidé d'une façon ou d'une autre. «La réponse est
fantastique, constate-t-il. Non seulement cela me force à donner un meilleur
service à mes clients, mais j'ai aussi l'impression d'être un meilleur individu.
Cela m'oblige à prendre conscience des gens autour de moi qui me viennent
en aide.»
Mais est-ce que ça fonctionne vraiment ? «Tom Hopkins, un gourou de la vente
aux États-Unis, a utilisé des cartes de remerciement au cours des trois premières
années de sa carrière. Depuis, il n'a jamais eu à faire de sollicitation au
hasard (cold call)», répond-il.
Michel Mondoux, conseiller en placement chez ScotiaMcLeod, est un nouvel adepte
de cette technique. La nature de son travail l'amène à faire beaucoup de sollicitation
au hasard. Il envoie donc cinq cartes par jour depuis deux mois, convaincu
que ça portera fruit tôt ou tard.
«Jusqu'à maintenant, ça fonctionne bien. Je n'ai peut-être pas encore signé
de contrat grâce à cette technique, mais c'est un investissement à long terme.
Par contre, quand je rappelle des clients potentiels, on se souvient de moi
beaucoup plus qu'avant», affirme M. Mondoux.
L'ABC de la carte personnalisée
M. Lauzier envoie des remerciements pour toutes les circonstances. Une rencontre
accordée, le temps passé au téléphone ou un client recommandé : il y a toujours
une occasion pour dire merci. «(Ça) n'a pas besoin d'être formel. Et le destinataire
peut aussi bien être un employé, un parent ou un ami», ajoute M. Lauzier.
L'important, c'est que le geste soit sincère. Il ne faut pas attendre quelque
chose en retour. «En général, après avoir reçu la note, les gens ne t'en reparlent
pas.»
Pour faire bonne impression, une carte de remerciement doit être écrite à
la main. M. Lauzier achète, en paquet de 100, de belles cartes 5 X 4 sur lesquelles
il est seulement écrit merci. Pour le reste, il compose lui-même un court
message allant de 3 à 5 lignes, formel ou informel, selon la relation qu'il
a avec le destinataire. Tout doit être écrit à la main, même l'adresse.
«On veut se différencier de la machine, montrer qu'on a pris soin d'écrire
le mot spécialement pour la personne qui le reçoit», dit le conférencier.
Quant au contenu, là encore, il doit être personnalisé en fonction de la conversation.
Mme Nierenberg suggère d'être attentif aux moindres détails durant les conversations.
«Si, par exemple, vous apprenez que votre client cherchait un cadeau pour
la fête de son petit-enfant, demandez-lui comment Sam a aimé son gant de baseball»,
écrit-elle dans son livre.
En tout, M. Lauzier dit consacrer entre 30 et 45 minutes par semaine à l'envoi
de cartes. «Une chose est certaine, c'est très peu dispendieux et ça fonctionne
uniquement pour ceux qui en font usage. La réaction positive des gens vous
apportera une satisfaction à laquelle vous ne vous attendiez pas.»
SAISISSEZ LES OCCASIONS DE REMERCIER QUELQU'UN
1 Quand des clients vous choisissent. «Vous ne pouvez jamais dire merci trop
souvent», dit Andrea Nierenberg;
2 Quand quelqu'un vous complimente. Un compliment, c'est rare. Voilà donc
une belle occasion d'envoyer une carte simplement pour témoigner votre appréciation;
3 Quand une personne vous fait une suggestion. «La rétroaction, surtout quand
elle vient d'un client, est un cadeau inestimable», affirme Mme Nierenberg.
Elle vous permet de vraiment améliorer votre service ou votre produit;
4 Quand un client vous recommande. C'est la meilleure forme de marketing qui
existe. La tierce personne n'avait pas besoin de vous recommander. Elle l'a
fait parce qu'elle était satisfaite et voulait en faire profiter quelqu'un
d'autre. Un petit mot n'a donc pas de prix;
5 Quand un client vous dit NON. Dans le cas de Mme Nierenberg, 20 % de ses
clients actuels lui ont refusé un premier contrat. Un refus d'un client demeure
une occasion d'envoyer une carte disant que vous appréciez son temps investi
et son honnêteté. Bref, «il s'agit de garder la porte ouverte, d'être amical
et courtois».
Pour visitez le site de Jean-Pierre Lauzier